Superstar naissante avec son hit surprise « Kongolese sous BBL », Theodora entre dans la cour des grandes. Portrait d’une vingtenaire sexy et futée.

À moins de 21 ans, Theodora, Suisse issue d’une famille congolaise, savait déjà où était le Paradis : dans le 9.3. Avec sa mixtape de 2023 Lili aux paradis artificiels (incluant le single « Le Paradis se trouve dans le 93 »), le public de connaisseurs découvrait la personnalité explosive de cette jeune femme au père sapeur (on rappelle que la « s.a.p.e. » est la Société des Ambianceurs/ceuses et des Personnes Élégantes).

Commençons par calmer tous les misogynes qui pensent d’office en voyant l’impeccable plastique de Theodora qu’elle est une énième bimbo décervelée : après une prépa en droit, elle est nommée présidente de la commission Culture au Conseil régional des Jeunes à Rennes, puis envisage de se lancer dans la politique.

Elle va changer d’option et se tourner vers une carrière artistique, d’abord via la danse puis le chant, sur les conseils de son frère Jeez Suave, beatmakerqui va collaborer avec elle, notamment sur son tube « Kongolese sous BBL », banger au son influencé par le bouyon antillais dans lequel elle fait rimer « Mwasi Sukali » (soit « femme sucrée » en lingala) avec « J’suis pétée sous Cali » (une puissante variété de marijuana).

Indépendance affirmée

Se définissant elle-même comme « une adulte biberonnée au Disney Channel », Theodora a déjà pas mal roulé sa bosse malgré son jeune âge : de la Suisse à Kinshasa (RDC), puis en Grèce, en grande banlieue parisienne à Groslay (95), à l’île de La Réunion, près de La Rochelle puis du côté de Rennes avant de s’installer au Paradis, à Saint-Denis dans le 93 donc.

L’image publique de Theodora est celle d’une « vixen » à la française, mais avec un cerveau. Comme certaines rappeuses américaines telles que Megan Thee Stallion, Cardi B ou Nicki Minaj, elle utilise ses atouts physiques pour affirmer son indépendance.

Le sexe est une arme qui la libère, car il n’est pas contrôlé par un homme, mais résulte de son propre choix. « Je suis sexy et je suis toxique boy, si tu m’aimes, tu paieras le taxi », dit-elle dans « 243 Km/h ». La jeune fille au look manga sous pollen, possesseuse de 60 perruques, capture la lumière dès qu’elle est à l’image. « Mon look est aussi éclectique que ma musique » affirme-t-elle, ce qui se confirme à l’écoute de morceaux tels que « Fashion Designa » et le délicatement autotuné « #Il », où cette fan de Fally Ipupa inclue ses influences rumba congolaise dans un bouillon rythmique qui emporte tout sur son passage, du rap dur au shatta en passant par l’amapiano et l’afro.

« J’aime l’idée d’être une pop star avec les paparazzis, les caméras, les tapis rouges et forcément les magazines », racontait-elle dans Mosaïque, le mag hip-hop dont elle faisait la couverture en 2024. Mais sous le strass, les paillettes et la joyeuse insouciance de ses clips colorés comme une robe de chez Desigual perce parfois un blues teenage, comme dans « C trop la loose » où elle rappe « C’est mon anniv’/ Et moi j’ai tout consommé, ça en devient maladif/ Tellement enfumée pour passer le temps que mon cœur en brûle/ C’est pour ça qu’il y a autant de fumée qui sort de ma plume ».

La musique, le choix du cœur

Toujours marquée par l’adolescence qu’elle quitte à peine, Theodora n’hésite pas à glisser dans « JTM 1 Peu » une référence à l’idole de ses plus jeunes années, Matt Pokora : « Je crie je t’aime sur tous les toits/ Et sur mon mur y’a une photo de toi » (« Juste une photo de toi » est le titre d’un fameux single de Pokora).

« Je suis une boss lady. Une boss lady, c’est une meuf qui prend l’ultime décision et s’y accroche même si cela peut la mener sur un chemin complexe et lui fermer des portes. Moi, ma décision ultime a été la musique. Avec le recul, j’ai pris conscience du poids du choix que j’avais fait. À 20 ans, j’ai quitté l’école alors que j’avais de grandes chances sur ce parcours au profit de la musique, un milieu dans lequel je n’avais pas encore d’opportunités. C’est le choix du cœur et je ne lâche pas parce que je sais qu’un jour, je serai célèbre ».

Des propos tenus dans Mosaïque en septembre 2024, quelques semaines avant la sortie de Bad Boy Lovestory, qui incluait bien sûr « Kongolese sous BBL » mais aussi « Ils me rient tous au nez », dont la version acoustique avec Chilly Gonzales au piano, interprétée lors de l’Hyper Festival à la Maison de la Radio et de la Musique, a mis tout le monde d’accord : Theodora est déjà une star en puissance. Et pourtant, son long chemin dans la jungle du rap biz ne fait que commencer.

Theodora Bad Boy Lovestory (Maison Neptune X NBFD) 2024

En concert les 16 et 17 avril au Cabaret Sauvage à Paris

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